Cérémonie de remise de l’insigne de Chevalier de la Légion d’honneur à M. Cheikhou Cissé, 25 février 2020

Discours prononcé par l’Ambassadeur Philippe Lalliot à l’occasion de la cérémonie de remise de l’insigne de Chevalier de la Légion d’honneur à M. Cheikhou Cissé, le 25 février 2020 à la Résidence de France.

Seul le prononcé fait foi.

Mesdames et Messieurs,
Monsieur Cheikhou CISSÉ, Secrétaire général du ministère de l’Intérieur, ou devrais-je plutôt dire Secrétaire général honoraire du ministère de l’Intérieur, car vous êtes, depuis peu, un jeune retraité,
Chers amis,

Nous sommes réunis ce soir à la Résidence de France pour vous remettre, Monsieur le Secrétaire général, les insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur. Cette décoration, créée par Napoléon Bonaparte en 1802, est la plus prestigieuse et la plus prisée des distinctions que la France puisse octroyer.
Avant de vous remettre officiellement ces insignes au nom du Président de la République, je voudrais, comme c’est l’usage, rappeler à grands traits votre parcours personnel et professionnel, qui a abouti à l’exercice de grandes responsabilités au service de votre pays. Votre parcours exemplaire est en effet à l’image de votre dévouement remarqué au service de votre pays.
Je passerai rapidement sur les années de formation, même si elles sont toujours parmi les plus importantes car elles ancrent souvent les convictions et sont l’heure des premiers choix, déterminants pour la suite.
De 1963 à 1982, vous avez ainsi fréquenté les bancs de plusieurs écoles, de celle de Ouaoundé, dans la région de Matam, où vous êtes né et où vous avez gardé de nombreuses attaches, jusqu’à la prestigieuse École nationale de l’Administration et de la magistrature que vous avez quittée en 1982 pour intégrer le corps de l’administration territoriale, comme sous-préfet dans la région de Tambacounda.
Vous avez ensuite gravi une à une les marches de la territoriale, pour exercer les fonctions de sous-préfet, adjoint de gouverneur, préfet et gouverneur de la région de Saint-Louis en 2000. Vous avez aussi été directeur général de la sûreté nationale et directeur de la protection civile
Une anecdote illustre bien, je crois, votre ténacité tout au long de ces années et de votre passion pour l’administration. Vous avez passé votre baccalauréat au lycée Faidherbe à Saint-Louis, qui se trouvait en face du palais du Gouverneur. En attendant d’être appelé pour passer vos épreuves, assis sur un banc, vous observiez le palais en rêvant un jour d’y entrer, ne serait-ce que pour le visiter.

Ce rêve, qui vous semblait à l’époque « irréalisable », est devenu bien plus qu’une réalité, lorsque, quelques années après votre sortie de l’ENA, vous avez été nommé gouverneur de Saint-Louis.

Que de chemin parcouru donc, en 64 ans, depuis Ouaoundé jusqu’à la fonction de Secrétaire général du ministère de l’Intérieur, fonction particulièrement exigeante que vous avez occupé pendant 11 années, excusez du peu !, ultime consécration d’une longue et brillante carrière au sein de l’administration sénégalaise.
Monsieur le Secrétaire général,
On me dit que que Mariama Nanthio Ndiaye, écrivain mais aussi chef du service de la formation au sein de votre ministère, présente ce soir à vos côtés, vous a donné deux surnoms, le « leader » et le « baobab », deux surnoms repris à l’unanimité par vos collègues, deux surnoms qui ont la force de l’évidence à l’évocation, même très rapide, d’une carrière tout entière dévouée au bien public, au fil des postes les plus difficile du ministère de l’Intérieur, au cœur des enjeux, des contraintes et des défis de l’administration de l’Etat.

Leader d’abord, parce que toutes celles et tous ceux qui vous connaissent et ont eu la chance de travailler à vos côtés soulignent vos grandes qualités d’écoute et d’humilité, votre manière de diriger vos équipes, en respectant chacun et en prenant le temps de solliciter les opinions des uns et des autres, quelles qu’aient pu être les urgences du moment.

Vous êtes de ceux qui pensent que l’autorité ne se décrète pas mais qu’elle se gagne, qu’un chef n’est rien sans la confiance de ses subordonnés. Leader aussi parce que, de l’avis unanime, vous êtes un orateur hors pair, capable d’emporter l’adhésion, même des plus réticents. Vous joignez ainsi la force du verbe à celle de l’attitude et de l’exemplarité.

Le baobab, ensuite, parce que, selon l’adage, « tout est bon dans le baobab, de la racine aux feuilles, en passant par le tronc et les fruits ». Le baobab aussi parce qu’il incarne la longévité. Vous n’avez en effet jamais rien lâché, même dans les circonstances les plus difficiles, et elles n’ont pas manqué tout au long de votre carrière. Le baobab enfin, dont on dit que la force est dans ses racines. Or, votre force, depuis toujours, vous la puisez dans la présence de votre famille et la fréquentation assidue de vos amis, qui sont ici, ce soir, très nombreux pour vous rendre hommage.

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais finir sur un engagement, pour ne pas dire un combat que beaucoup ont souligné lorsque nous avons préparé cette cérémonie, celui de l’égalité entre les hommes et les femmes. C’est chez vous, Monsieur le Secrétaire général, une conviction profonde, et que vous n’avez jamais hésité à afficher.

On m’a ainsi raconté un discours officiel où vous aviez, sans ménagement, marqué votre désapprobation face à des agences de nettoyage qui payaient avec beaucoup de retard les salaires de leurs employées. On m’a rapporté aussi que vous ne manquiez jamais une occasion de participer aux réunions organisées par les femmes de votre Département.

Certains (certaines) évoquent encore ce grand séminaire sur la Journée de la femme organisé à Saly où vous aviez fait savoir, la veille, que vous ne pourriez y assister à votre grand regret, parce que retenu à l’Assemblée nationale avec le ministre de l’Intérieur très tard dans la nuit. Et pourtant, le lendemain matin, vous étiez dans la salle avant tout le monde et vous avez simplement expliqué qu’en sortant de l’Assemblée nationale, vous n’aviez pu vous résoudre à manquer ce rendez-vous qui vous tenait tant à coeur. Ce sont ces femmes qui vous ont donné un dernier surnom, peut-être le plus précieux : « Gooru mbotaye », « l’homme engagé auprès des femmes ».

Monsieur le Secrétaire général,

Je me suis enfin interrogé, un peu envieux de tant de réussites, sur le secret de votre forme admirable : il paraît que vous aimez le sport, en particulier la marche et le vélo, que vous pratiquez dès que vous en avez l’occasion. On me dit aussi que vous êtes un vrai passionné de football, au point d’écourter, au grand plaisir inavoué des participants, certaines réunions quand elles se tenaient en même temps que des matchs importants.

Cette passion pour le sport vient compléter une vie bien remplie, et augure d’une retraite, j’en suis sûr, très active. En un mot, pour conclure, je suis très heureux, et très honoré ce soir, de rendre hommage à un grand commis de l’Etat.

Monsieur Cheikhou CISSÉ, au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion d’honneur./.

Dernière modification : 26/02/2020

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