Discours de M. Hassan Bahsoun (extrait) lors de sa décoration par l’Ambassadeur de France au Sénégal, Jean Félix-Paganon

Monsieur l’Ambassadeur, Mesdames et Messieurs, chers invités,

Tout homme a deux patries, la sienne et puis la France a dit Benjamin Franklin. En ce qui me concerne, j’en ai trois : le Liban, le Sénégal et la France : ça peut paraître excessif et compliqué, mais c’est une réalité. C’est surtout une chance, une force, une richesse de vivre ainsi au confluent de trois cultures, de trois civilisations dans une sorte de triple « je ».
(…)

Et puis la France. Ah la France ! C’est ma patrie depuis 45 ans. Non par filiation ni par naissance sur le sol français mais par décret, ce qu’on appelle par une manifestation de volonté. Il ne pouvait en être autrement en ce qui me concerne. La France pour de Gaulle, c’était « une certaine idée », « une madone aux fresques des murs ». La France pour moi, ça a toujours été une langue, une histoire, une culture, des valeurs.

La langue française, ce n’était pas ma langue maternelle, mais ma langue depuis la maternelle. Je pense, je parle, j’écris en français.
Gloire à toute cette prose et à ces vers magnifiques qui font battre les cœurs, le mien en tout cas, et qui, à force d’admiration et de répétition intérieure proche de la rumination, ils ont fini par faire partie de moi. Je leur dois de grands moments de bonheur et les plus belles promenades qui soient, celles qu’on fait dans les jardins des belles lettres.

La France, c’est aussi une histoire. Depuis ma plus tendre enfance, elle est devenue mienne. Le sacre d’Hugues Capet en 987 par l’évêque Adalbéron, la victoire de Bouvines, Bertrand Du Guesclin, héros de mon enfance, les Rois, les Empereurs, les Présidents, à force de lire et relire leurs histoires, ils me sont devenus familiers. Et comme ce n’est pas assez de les avoir sur les rayons de ma bibliothèque, sur ma table de chevet ou dans mes pensées, je vais leur rendre visite là où ils reposent : à la Basilique de Saint-Denis, aux Invalides et au Panthéon. Il me reste cependant une tombe à visiter, celle de Chateaubriand sur l’île de Bé, en face de Saint-Malo et de la chambre où, écrit-il, « sa mère lui infligea la vie ».

Une langue, une histoire, une culture, des valeurs, c’est tout cela la France, c’est tout cela qui fait que je suis Français et fier de l’être.

Hassan Bahsoun

Dernière modification : 24/05/2016

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