FICA 2019

Point de presse de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères - Propos de M. Lemoyne (Dakar, 07/10/2019)

Ma présence ce jour à Dakar ne doit rien au hasard, c’est vrai que c’est une édition du FICA qui est particulière : ce Forum international du continent africain souffle sa vingtième bougie et nous avons un format qui pour la première fois se tient sur le sol africain, qui pour la première fois est le fruit d’un travail de l’IHEDN, de la DCSD françaises avec des institutions de recherche africaines, je pense au CHEDS ici au Sénégal et à l’Institute for Security Studies d’Afrique du Sud. Je crois que cela illustre et incarne tout à fait la façon dont le président de la République, Emmanuel Macron, nous a demandé d’envisager les partenariats avec nos frères africains. C’est-à-dire d’être toujours plus au contact du terrain, et donc sur ce terrain africain, et nous sommes aujourd’hui finalement dans la mise en oeuvre, l’incarnation des propos forts que tenait le Président lors de son discours de Ouagadougou, il y a plus d’un an et demi.

Je dois dire que nous allons avoir une année 2020 qui sera très orientée sur ces échanges humains entre le continent africain et la France, avec d’une part un sommet Afrique-France qui se tiendra en juin 2020 à Bordeaux qui sera l’occasion de mettre en avant toutes les solutions qui émergent et foisonnent, préparées par les femmes et les hommes du continent. L’espace des solutions qui sera dédié au thème de la ville durable et de l’innovation sera très largement porté par des solutions africaines et c’est une nouveauté dans l’approche française. Par ailleurs, 2020 sera également une saison culturelle, Africa 2020, qui se déroulera au deuxième semestre, et là aussi, sera mis en oeuvre un travail pour que cette saison vive non seulement en France mais également sur le continent.

D’ici ces échéances, nous avons également un autre rendez-vous qui se tient au mois de novembre, le forum de Dakar, qui pour la sixième année consécutive se réunira. Ce qui explique aussi que ce FICA se tienne à Dakar, c’est qu’il y a ici un ADN, si je puis dire, ayant trait aux réflexions sur les sujets de défense et de sécurité, cet ADN est fort, il est ancré, et cela justifiait le fait que le premier FICA interafricain se tienne ici au Sénégal. J’ajoute que le Sénégal est par ailleurs très engagé dans les opérations de maintien de la paix onusiennes, avec plus de mille personnels déployés, et également dans un certain nombre d’opérations conduites sous l’égide de la CEDEAO, je pense notamment à la Gambie et à la Guinée-Bissau.

Ce FICA est une enceinte et une instance importantes pour avoir des échanges de vue, pour croiser les regards avec les décideurs et responsables civils et militaires de la France et de trente-neuf pays du continent. C’est vous dire qu’il y a une extrême diversité : l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique australe, l’Afrique centrale, l’Afrique de l’Est, le Maghreb ; je crois qu’il y a là une richesse qui naît de la diversité. Ce sont des temps, des jours qui sont précieux pour réfléchir, c’est la marque de fabrique de l’IHEDN que d’organiser ce type de module pour des décideurs de haut niveau. Je dois dire qu’il y a là, d’ailleurs un plateau particulièrement relevé, avec de nombreux chefs d’Etat-major, avec des conseillers de ministres, avec des parlementaires : on voit bien la force de cette marque de l’IHEDN, qui est particulièrement attractive, et c’est un moment très fort, je crois, pour la coopération française, pour la DCSD aujourd’hui.

Le thème qui réunit les auditeurs est "l’Afrique en 3D : défense, diplomatie, développement", et, comme j’ai pu le dire aux auditeurs, tout est lié, surtout que nous sommes passés, en vingt ans, de crises qui étaient plutôt nationales et interétatiques à des crises transnationales qui appellent des réponses communes, qui appellent des réponses conjointes, et c’est tout ce lien qui va être analysé, décortiqué, et qui va permettre également nos retours d’expérience respectifs, parce que nous sommes les uns et les autres très engagés, pour notre part au Sahel, par exemple. Nous allons veiller, Français, Européens, à ce qu’il y ait naturellement un pilier sécurité, avec, pour notre part, Français, l’opération Barkhane, mais également un pilier ayant davantage trait aux forces de sécurité intérieure avec le P3S, le partenariat pour la sécurité et la stabilité au Sahel annoncé par le président Macron et la chancelière Merkel lors du G7 de Biarritz. Nous aurons également un pilier orienté vers le développement avec cette alliance Sahel lancée également par la Chancelière et le Président à l’été 2017, pour que les actions de développement soient mieux coordonnées, que les décaissements soient plus rapides, que les actions voient le jour dans des délais plus resserrés, parce qu’on sait, lorsqu’il y a une multitude de bailleurs, que ce qui guette, c’est un certain délai administratif qui peut, à la fin produire de la paralysie sur le terrain. Or, lorsque la sécurité a reconquis du terrain, il faut que tout de suite, derrière, les réponses également en termes de service public et de développement soient présentes, faute de quoi, on le sait, les maux peuvent revenir.

Voilà en quelques mots la raison de ma présence ce matin, aux côtés des auditeurs du FICA, sachant que j’aurai l’occasion d’avoir des entretiens bilatéraux, puisque la France et le Sénégal ont une coopération particulièrement riche, en tous domaines (économique, culturel, universitaire), et nous avons une actualité particulièrement riche, avec le campus franco-sénégalais qui propose ses premières 18 formations dès cette rentrée. Nous avons également, d’un point de vue économique, le chantier structurant du TER, et c’est un moment particulièrement privilégié pour poser les jalons d’un futur séminaire intergouvernemental qui réunit traditionnellement un certain nombre de ministres des deux pays, et c’est ce dont j’ai parlé avec le ministre des Affaires étrangères, Amadou Ba, et que j’évoquerai, naturellement, à l’occasion de l’audience que m’a accordée le président de la République Macky Sall cet après-midi, sans oublier la rencontre avec les Français établis au Sénégal. J’aurai à coeur d’avoir des échanges avec les conseillers consulaires et par ailleurs de mettre en oeuvre ce que le président de la République a appelé de ses voeux à l’occasion de l’acte II du quinquennat : c’est-à-dire des permanences ministérielles où je reçois les Français à leur demande pour évoquer leur situation, leurs problèmes et c’est pour nous une source d’inspiration pour éventuellement ajuster la politique publique. Vous savez tout, et c’est à vous, si vous avez des questions.

Q - AFP : La France est-elle inquiète de l’évolution de la situation au Mali, au Sahel et dans la sous-région de manière générale ? Quel est l’avenir de l’opération Barkhane dans le mécano sécuritaire que vous évoquiez tout à l’heure devant les auditeurs ?

R - On a vu effectivement une multiplication d’actes et d’actions terroristes et cela signifie que, plus que jamais, nous sommes engagés aux côtés de nos amis du Sahel, aux côtés du Mali. Le Mali, je veux le dire, n’est pas seul, pour faire face à cette situation : la France est particulièrement engagée, vous le signaliez avec le dispositif Barkhane. Par ailleurs, la France est particulièrement active pour épauler la force conjointe du G5 Sahel, pour mobiliser un certain nombre de financements ; l’Union européenne également, avec la mission EUTM, sans oublier les Nations Unies, puisque nous avons été très actifs, au Conseil de Sécurité, pour nous assurer de la reconduction de la MINUSMA à périmètre constant, face à certains Etats qui, au sein du Conseil de sécurité, voulaient revoir la voilure. Nous avons de ce point de vue, je crois, obtenu gain de cause, ce qui montre que le Mali n’est pas seul pour faire face à cette situation. Surtout, je crois que le Mali a pris la pleine mesure de cette situation, nous avons pu l’évoquer avec le premier ministre, Boubou Cissé, qui s’est rendu en visite en France, du 9 au 12 septembre, visite pendant laquelle il a pu rencontrer le président de la République et le Premier ministre. Je vois d’ailleurs que le président Keïta a lancé un dialogue national inclusif, que les termes de référence ont été agréés le 16 septembre dernier : il est important, naturellement, que ce dialogue puisse se poursuivre et aller à son terme, parce que cela fait partie des éléments qui sont de nature, je crois, à apporter des réponses à une situation que vous avez évoquée. Dialogue inclusif, un gouvernement qui s’est élargi, qui a intégré des composantes de l’opposition : je pense qu’avec à la fois la mobilisation des partenaires du Mali, encore une fois, et la mobilisation du Mali et des Maliens eux-mêmes, il y a, dans tous les cas, au-delà de la prise de conscience qui date de plusieurs années, un engagement réaffirmé de tous les acteurs.

S’agissant maintenant de Barkhane, il s’agit du dispositif français, mais les différentes réponses doivent s’articuler entre elles. La force conjointe réunit les forces armées des pays du G5 pour un certain nombre de patrouilles et de sorties aux frontières. Le P3S, lui, a vocation à prendre en charge des éléments qui n’étaient pas inclus jusqu’à maintenant, en termes de périmètre, puisqu’il excède le G5, ce qui permet aussi de prendre en compte les risques qui peuvent peser sur l’ensemble de la sous-région, on l’a vu, avec deux de nos compatriotes qui avaient été enlevés il y a quelques mois au nord du Bénin, et par ailleurs, ce P3S a vocation notamment à conforter une montée en puissance et l’efficience des forces de sécurité intérieure des différents pays et c’est également un élément très important.

Q - Radiotélévision sénégalaise : Est-ce qu’on peut voir comment lier les deux rencontres, le forum de Dakar d’une part et le FICA d’autre part ? Il s’agit par ailleurs de la vingtième édition du FICA : quelles actions concrètes et quels défis peut-on retenir, à l’issue de ces vingt ans de réflexion ?

R - Dans un forum, par définition, nous sommes sur de la réflexion, et la réflexion est indispensable pour nourrir l’action. Sur ces vingt années, je retiens le fait que des responsables de haut niveau civils et militaires engagés sur des sujets de sécurité et de développement ont eu l’occasion de travailler ensemble, d’échanger sur leurs expériences respectives, donc d’apprendre aussi sur la façon dont les uns et les autres gèrent ces sujets-là. C’est ce qui fait la marque de fabrique de l’IHEDN, avec l’appui de la DCSD : ce sont des réseaux particulièrement précieux parce que, lorsqu’il y a un besoin d’agir ensemble, trois mois ou deux ans plus tard, quand les gens se connaissent, quand ils ont noué un lien humain ensemble, naturellement, c’est plus fluide, et la fluidité est essentielle dans ce continuum entre la défense, la diplomatie et le développement.

Je crois que c’est un actif particulièrement fort qui se construit, parce qu’il est immatériel : c’est le fait que des liens forts se tissent entre responsables et que tout cela soit mis au service des actions qu’ils conduisent dans leurs responsabilités respectives. La réflexion est un préalable à l’action, et c’est ce qui est conduit ici depuis 20 ans. Pour moi, je parle sous le contrôle de la conseillère diplomatique de l’IHEDN, je crois qu’il y a plus de 1200 personnes qui sont passées dans ce forum depuis 20 ans, et je peux vous dire que pour voir la force de l’action de l’IHEDN en France, je ne doute pas que ce module, qui réunit Français et Africains, bénéficie de la même force ici.

Q - Radiotélévision sénégalaise : De fortes recommandations sont-elles ressorties de ces réunions, et ces recommandations sont-elles appliquées et respectées ?

R - Nous sommes, j’insiste, dans un format de type séminaire, nous ne sommes pas en présence de gouvernements, de chefs d’Etat, de ministres, qui décideraient, au nom de leurs Etats, des actions. On est là, avec des hauts dirigeants qui agissent aux côtés de ces autorités gouvernementales et qui, encore une fois, partagent leurs expériences en vue d’avoir une meilleure fluidité et de les améliorer. Par conséquent la vocation du forum n’est pas de décider l’action, cela relève des autorités politiques, gouvernementales, en revanche, la mise en oeuvre par les hautes personnalités ici présentes est toujours intéressante à partager et peut nourrir d’éventuelles décisions futures.

Q - Vox populi : Que peut-on attendre de ce nouveau sommet ?

R - L’innovation repose sur le fait que le forum se tient désormais non plus seulement en France mais également chez les pays partenaires, en terre africaine. Elle est également avec la mobilisation de centres de recherche du continent, et je crois que tout ce qui favorise le fait d’avoir une approche non pas pluridisciplinaire, puisqu’elle porte sur le même type de discipline, mais en tous les cas, pluri-acteurs, ne peut qu’enrichir le regard. Et vous le savez, plus il y a d’échanges et de synergies entre les instituts de recherche, plus cela nourrit les travaux de chacun d’entre eux, et c’est ce qui, je pense, est fécond dans cette nouvelle approche déployée à l’occasion de cette vingtième édition.

Q - Rufisque FM : Concernant le thème l’" Afrique en 3D : défense, diplomatie et développement " : si l’on parle de diplomatie et de développement, je pense que c’est la défense qui est la première. On ne peut pas accéder au développement et à la diplomatie sans être sécurisés face à la situation qui se déroule au Mali et d’autres pays en Afrique. Des mesures sécuritaires ont-elles été prises pour assurer la sécurité des pays comme le Sénégal qui disposent de ressources naturelles qui peuvent attirer le terrorisme ?

R - Si je puis me permettre, et ce sera d’ailleurs l’objet des travaux du forum, la défense est primordiale, mais on peut aussi, à travers la diplomatie éviter que la défense ait à entrer dans la danse, si je puis dire, et c’est toute l’action d’une diplomatie préventive, et c’est vrai que l’aspect prévention est, je crois, crucial et majeur pour éviter que des crises, parfois, n’éclatent. Et de la même façon, le développement, s’il est premier, permet d’éviter que les fragilités se transforment en crise. On voit bien, finalement, que l’on aurait du mal à mettre un premier D avant les autres, et que, finalement, tout est dans tout, et réciproquement : les enjeux sont intrinsèquement liés. Je vois bien qu’il y a des questions par rapport aux actions, et je redis que nous sommes ici dans une enceinte qui a vocation à la réflexion, parce que nous sommes en présence de hauts fonctionnaires et d’officiers généraux qui ont vocation à mettre en oeuvre des décisions et des politiques prises par les autorités gouvernementales. Mais leurs réflexions nourriront les travaux de réflexion et de prospective de leurs différents ministères dans leurs différents pays, et permettront par conséquent ensuite, peut-être, aux décideurs gouvernementaux de prendre les actions adéquates, ou peut-être d’ajuster certaines actions, au regard des retours d’expérience qui ont été prévus.

Ce que je peux dire, puisque vous évoquez le Sénégal, ses richesses et donc le fait qu’il pourrait être un espace où certains souhaiteraient intervenir, c’est que le Sénégal est inclus dans le périmètre du P3S, ce partenariat pour la sécurité et la stabilité au Sahel, et qu’il y existe justement une très belle cohérence, puisque, lors du dernier sommet de la CEDEAO, le président Macky Sall a été mandaté par ses pairs pour être particulièrement actif sur le déploiement du plan de lutte antiterroriste, qui a été adopté par ce même sommet de la CEDAO, avec un milliard de dollars mobilisés sur cinq ans afin d’apporter des éléments de formation, des éléments sécuritaires pour les forces de sécurité intérieure, et ainsi renforcer les moyens et les outils qui sont à la disposition de ces pays de la CEDEAO, et notamment du Sénégal./.

Dernière modification : 04/11/2019

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