Questions à Anta Mbow, présidente de l’Empire des enfants

Début juillet, l’Ambassadeur de France s’est rendu à l’Empire des enfants, le refuge d’urgence pour les enfants en situation vulnérable à Dakar. A cette occasion, Anta Mbow, la fondatrice, s’est confiée sur ses liens avec ce centre qu’elle fait vivre depuis 16 ans.

Anta, vous êtes directrice et fondatrice de l’Empire des Enfants, pouvez-vous nous expliquer comment vous avez eu l’idée de vous engager et la force de persévérer ?

• D’abord, j’étais fonctionnaire à la Mairie de Gien, en France, où j’ai vécu pendant 30 ans et où j’ai toujours travaillé dans le domaine du social et des enfants en général. C’est lors d’une rencontre à Genève, dans les années 90, qu’un chercheur avait présenté le phénomène des enfants des rues à Dakar. Je n’y croyais pas parce que lorsque je quittais le Sénégalais en 1972 pour venir vivre en France, cela n’existait pas à Dakar. C’était donc quelques actions par-ci par-là, mais c’est vraiment en 2002 qu’avec Valérie Schlumberger, nous nous sommes lancées pour rénover l’ancien Cinéma Empire et en faire le centre d’accueil Empire des enfants. La force de persévérer me vient d’une promesse que je m’étais faites lorsqu’un enfant, le premier qui avait franchi la porte d’entrée, m’a dit que les gens les prenaient en photo, leur donnaient des choses et leur promettaient de les sortir de la rue et après, ils ne les revoyaient plus. C’était un signal et un cri de désespoir d’un enfant qui en avait marre. À chaque fois que les difficultés m’assaillent, cette pensée me revient comme une piqûre de rappel comme quoi je ne dois pas abandonner.

Après 16 années passées à vous occuper de ces enfants, de quoi êtes-vous la plus fière ?

• Après 16 années passées, je suis plutôt déçue que ce problème ne soit toujours pas encore résolu. À la base, j’avais pris une disponibilité, parce que je me disais qu’avec un engagement fort on y parviendrait, et qu’on pourrait faire après le vrai travail social, construire des projets de vie avec les enfants en difficulté comme ce que je faisais en France. Mais après 16 ans, nous sommes toujours dans l’assistance d’urgence des enfants en situation de rue. Néanmoins, je pense qu’avec mes collaborateurs depuis toutes ces années, les généreux donateurs, bénévoles, artistes, sportifs, activistes et toutes les personnes sensibles à la cause des enfants, nous sommes parvenus à développer l’Empire des enfants et à le positionner dans l’environnement de la protection de l’enfance comme un modèle dont beaucoup s’inspirent. Cela est pour moi une fierté parce que maintenant, beaucoup d’initiatives naissent et se développent pour le bien des enfants et je suis contente d’y avoir joué, ne serait-ce qu’une petite partition.

Pourriez-vous nous raconter le parcours d’un enfant qui vous a particulièrement marquée ?

• C’est une question très difficile, parce qu’à l’Empire, tous les enfants ont leur histoire, et quand vous regardez de plus près, vous verrez qu’elles sont toutes marquantes. Néanmoins, je peux dire que celle de Modou Toure est assez illustratrice et marque particulièrement. Avec un passé tumultueux entre son Daara où il devait s’adonner à la mendicité, son vécu dans la rue, sa vie à l’Empire jusqu’à ce qu’il est devenu. J’avoue que c’est parcours intéressant dont je suis fière. Modou a su positiver son parcours et en faire une force qui le propulse dans sa carrière d’artiste et de jeune entrepreneur. Je le cite en exemple parce qu’il est le plus connu, mais il y a en d’autres qui sont aujourd’hui une fierté pour moi et toutes les personnes qui les ont vu grandir avec l’Empire des enfants.

Que souhaitez-vous pour l’avenir de l’Empire et celui de ces enfants ?

• Le Sénégal est un pays qui doit relever le défi de l’éducation de ses enfants. C’est le socle de l’émergence. Je souhaite vivement que le sort des enfants en situation de rue soit rapidement pris en charge afin qu’à l’instar de tous les pays développé, il n’y ait plus aucun enfant en errance dans les rues. C’est seulement à ce moment que l’Empire pourra faire le vrai travail social qui consistera à mettre à la disposition des enfants un projet éducatif qui les aidera à réaliser leur projet de vie. Je suis consciente qu’il faut combattre la pauvreté et la précarité pour garantir un environnement adéquat pour bien éduquer les enfants, mais en attendant, qu’il y ait dans chaque commune du Sénégal un Empire où les enfants peuvent aller pour lire, faire de l’informatique, du sport, de l’art, de la musique, de la peinture, du jardinage etc. Un endroit où les enfants peuvent être occupés de manière instructive quand ils ne sont pas à l’école ou au Daara serait formidable et c’est possible.

Comment nos lecteurs peuvent-ils vous aider s’ils le souhaitent ?

• Comme je l’ai dit plus haut, si l’Empire existe jusqu’à aujourd’hui, c’est parce que beaucoup de personnes nous ont soutenus. Chacun aide avec ce qu’il a, entre les dons en argent ou en nature, les bénévoles, les stages, les conseils, les mises en relation, tout est utile. Nous invitons tout le monde à nous contacter et nous aurons un grand plaisir avoir ensemble comment soutenir l’Empire.

Pour faire un don : http://espacedonempire.com

Dernière modification : 19/07/2019

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