Un car rapide va faire son entrée au musée de l’Homme de Paris

JPEG

Le car rapide Saviem SG2, célèbre symbole du transport urbain sénégalais, est voué à disparaître des rues de Dakar. Pour des raisons de sécurité, le Conseil exécutif des transports urbains de Dakar (Cetud) a en effet prévu son remplacement progressif par de nouveaux bus. Néanmoins, le fameux car rapide, devenu au fil des années un véritable objet d’art populaire, va parallèlement faire son entrée dans la postérité en devenant une des pièces de l’exposition permanente du musée de l’homme à Paris (MDH).

Alain EPELBOIN médecin anthropologue au CNRS, un des commissaires scientifiques du nouveau MdH et Ndiabou Sega TOURE enseignante-chercheur à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) ethnolinguiste et ethnologue sont à l’origine de ce projet, qui vise à mettre en valeur le car rapide, patrimoine culturel et reflet de la société sénégalaise, authentique art « populaire », au sens d’un art qui « parle à tous ». Le projet magnifie également l’appropriation faite par les Sénégalais d’un objet mis au rebut par l’ancienne métropole, exporté vers l’Afrique et renvoyé avec une plus-value artistique reconnue.

Le Cetud a adhéré au projet et a mis à disposition un ancien car rapide de Saint-Louis, qui vient d’être entièrement restauré par les tôliers, menuisiers métalliques et tapissiers, rénové par des spécialistes de la peinture traditionnelle sur car rapide, issus d’une lignée de maitres et qui sont aussi des artistes.

JPEG - 128.4 ko
Travail à deux mains et à deux couleurs à la fois

Le car va quitter le Sénégal lundi 8 juin pour rejoindre la France, a été rénové en respectant le style original et les codes habituels de la décoration des cars rapides. Pour les porteurs du projet, il s’agit d’un « chef d’œuvre d’art populaire » au sens d’un cumul de savoir-faire artisanaux qui n’excluent pas l’improvisation. Les motifs représentés, significatifs pour tous les Sénégalais, reprennent les évènements marquants de leur culture et de leur histoire comme par exemple la déportation de Cheick Ahmadou Bamba – (photo 1), le combat de Lat‐Dior Diop contre la colonisation (photo 2) ou le naufrage du Diola (photo 3).

Le car rapide, décrit comme « au départ, un objet « réformé revendu massivement dans les pays du sud, réinvesti par les savoir-faire locaux », est aussi un témoignage de la relation franco-sénégalaise, à l’image des peintures représentant le massacre des mutins de Thiaroye (photo 4), le match France-Sénégal de la coupe du monde de 2002 (photo 5) et l’émigration clandestine par mer (photo 3).

Les scènes peintes mêlent cultures musulmane et animiste, comme l’illustre sur le côté droit du car l’image d’un talibé qui lit le Coran une amulette autour du coup (photo 6) ou Al Bourakh, le cheval du Prophète avec des attributs féminins (photo 7). Les talismans qui protègent le véhicule associent aussi objets islamiques et amulettes à base de matières animales (photo 8 et 9). D’autres peintures, comme celle de la fleur en pot, du cheval, des paons et de la lutte sénégalaise (photo 1), sont tirées de l’iconographie sénégalaise, vraisemblablement de la broderie. Un lapin mangeant une carotte a surgi d’un abécédaire d’écolier (photo 5).

Le car rapide quittera Dakar entre le 8 et le 11 juin et il sera soit apporté au port par container soit remorqué à l’air libre. Il sera inauguré lors de la réouverture du musée de l’Homme le 15 octobre 2015. En plus de ce car rapide seront exposés divers objets magiques islamo-africains et africains collectées depuis les années 1985 à la décharge de Mbeubeus par Alain Epelboin.

Contact :
El Hadj Kane : 76-29-75-298
Pape Omar Pouye : 77-34-94-171

PDF - 11.2 Mo
En savoir plus sur le projet
(PDF - 11.2 Mo)
JPEG - 124.6 ko
1- 1894 Cheikh Ahmadou Bamba, déporté au Gabon et la famille de djinns, la lutte sénégalaise et le cheval
JPEG - 114.5 ko
2- Lat‐Dior Diop (1842-.‐1886), l’une des grandes figures de la résistance à la pénétration coloniale française, et son coursier Malal : le minaret de la mosquée de Touba
JPEG - 136.4 ko
3- Galerie du car rapide sur laquelle sont représentés à gauche le naufrage du Diola et à droite les migrants péris en mer, wallà Barsàq : « Barca (Barcelone) ou la mort des migrants au fond de la mer », 2002‐>2015
JPEG - 107 ko
4- Le rappel de massacre des mutins du camp Thiaroye en 1944
JPEG - 124.8 ko
5- Le rappel du match France-Sénégal
JPEG - 101.4 ko
6- Image du talibé portant une amulette et apprenant le Coran ainsi formule morale wolof YAR AK TEGUINE » « bonne éducation et courtoisie »
JPEG - 128.1 ko
7- Al Bourakh, le cheval du Prophète, représenté ici avec des caractères féminins
JPEG - 132.3 ko
8- L’avant du car rapide orné de drapeaux, et de deux cuillères entrecroisées
JPEG - 88.2 ko
9- Les tressages décoratifs et les protections magiques accrochées
JPEG - 107.9 ko
Les 2 artistes, El Hadj Saliou KANE & Pape Omar POUYE peignant l’arrière de la galerie du car rapide
JPEG - 141.2 ko
L’apprenti peintre Malick, Mme Ndiabou Sega TOURE et M. Alain EPELBOIN

Dernière modification : 21/01/2016

Haut de page