Vernissage de l’exposition " Sur les pas de Samba Diallo", 26 février 2020

Discours prononcé par l’Ambassadeur Philippe Lalliot à l’occasion du vernissage de l’exposition " Sur les pas de Samba Diallo", 26 février 2020.

Seul le prononcé fait foi.

Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

C’est un grand plaisir pour moi de vous accueillir ce soir pour inaugurer cette exposition autour du livre de Cheikh Hamidou Kane, L’Aventure ambigüe.

Le travail que vous allez découvrir est le fruit de la première résidence collective des artistes sénégalais et français réunis par l’Institut français de Dakar et la Maison Salvan de Labège.

Je veux ici saluer Paul de Sorbier, qui la dirige, ainsi que toute l’équipe de l’Institut français, son directeur, et Olivia Marsaud, qui ont permis cette belle expérience. Je veux également saluer les artistes et leur travail : Ndoye Douts, Kan-si, Babacar Diouf, Laura Freeth et Sophie Bacquié. Ensemble, ils ont puisé dans l’imaginaire du roman pour proposer des créations en dialogue, à la fois confrontations et rencontres entre des mondes différents.

Mesdames et Messieurs,

Pour citer L’Aventure ambigüe, « Nous ne savons pas, au moment de partir de chez nous, si nous reviendrons jamais. Il arrive que nous soyons capturés au bout de notre itinéraire, vaincus par notre aventure même. Il nous apparaît soudain que, tout au long de notre cheminement, nous n’avons pas cessé de nous métamorphoser, et que nous voilà devenus autres. Quelquefois, la métamorphose ne s’achève pas, elle nous installe dans l’hybride et nous y laisse. »

Cette altérité, cette hybridité et cette métamorphose, parfois inachevée, que Cheikh Hamidou Kane souligne dans son roman, c’est d’elles que naissent les créations que vous verrez ce soir.

Samba Diallo dirait qu’elles sont d’une « nature étrange » : nées de plusieurs origines et de plusieurs imaginaires, elles sont elles-mêmes, comme le héros de L’Aventure ambigüe, « devenu[es] les deux ». Elles retrouvent les principes fondamentaux du roman, lignes de crêtes subtiles entre équilibre et déséquilibre, nature et culture, identité et différence, souvenir et oubli.

Ces créations sont aussi l’aboutissement d’une série de voyages et de rencontres : celle, d’abord, des deux artistes françaises qui se sont rendues à Dakar - une « aventure ambigüe » en sens inverse, en quelque sorte. Elles nous disent l’histoire de cette découverte, et parfois aussi de la confrontation, du choc urbain que peut provoquer la ville pour qui n’y est pas familiarisé.

Elles décrivent, enfin, tout le « tourment passionné et ambigu » qui nous anime et nous transforme au contact de l’autre. Parce que cette rencontre est avant tout une rencontre humaine, celle de cinq artistes qui ont mis en commun leurs langages artistiques pour proposer une forme nouvelle, que nous allons découvrir ce soir ensemble.

Je suis convaincu que la seconde résidence, qui aura lieu en avril 2020 en France et donnera lieu à une nouvelle exposition à Labège, sera tout aussi riche et passionnante.

Vous l’avez certainement compris, cette exposition est elle-même hybride, et ne saurait se limiter aux arts visuels. Nous avons, hier, eu la chance d’accueillir Cheikh Hamidou Kane pour une rencontre autour de son oeuvre à l’Institut français. Vendredi prochain, nous pourrons voir - ou de revoir - L’Afrance de Alain Gomis, qui propose une autre lecture originale du roman.

Cher amis,

Je suis heureux de vous voir si nombreux ce soir pour découvrir cette exposition. Certains d’entre vous arrivent peut-être les yeux encore pleins des couchers de soleil du roman, dont Samba Diallo dit qu’ils sont comme « de l’or en ébullition ». Certains espèrent peut-être y rencontrer la Grande Royale, la vieille Rella, le Fou et le Maître des Diallobé.

Mais nos cinq artistes ne prétendent pas réécrire le roman, et chacun en propose un prolongement très personnel, prolongements respectueux néanmoins de la démarche de Cheikh Hamidou Kane en ce que chacun de ces parcours est lui-même une aventure intérieure, riche d’ambiguïtés.

Je suis certain que vous découvrirez dans ces oeuvres « la même féérie, la même puissance » qui animent le roman.

Je vous remercie et vous souhaite une très belle exposition./.

Dernière modification : 26/02/2020

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