Toast de M. François Hollande, président de la République, lors du dîner d’État en l’honneur de M. Macky Sall, président de la République sénégalaise

Monsieur le Président de la République du Sénégal, cher Macky Sall,
C’est un plaisir de vous accueillir ici à l’Élysée, à l’occasion de votre visite d’État en France. Parce que le Sénégal est un pays ami et que vous êtes un ami. Nos liens sont indéfectibles et la France n’oubliera jamais le sacrifice des tirailleurs sénégalais au cours des deux dernières guerres mondiales.
Monsieur le Président, je tenais à vous remettre des documents et des tirages photographiques inédits, issus de nos archives, en forme d’hommage à ces hommes qui ont contribué à la libération de mon pays.
Je voulais aussi vous remettre un ensemble de plus de 2 millions d’images microfilmées, issues des archives de l’AOF, cartes, télégrammes, registres que tenaient les tirailleurs.
Ce geste confirme mon attachement à la construction d’une mémoire partagée. J’ai toujours eu la conviction qu’il fallait regarder l’histoire avec lucidité, pour construire l’avenir avec sérénité. Je pense ainsi au drame du camp de Thiaroye, où je fus le premier président de la République française à me rendre, avec vous, en 2014.
Je pense également aux anciens combattants tirailleurs sénégalais qui eurent tant de difficultés à faire valoir leurs droits, ici, en France. Aussi, j’ai donné instruction pour que leurs demandes de naturalisation soient traitées avec bienveillance et rapidité.
Monsieur le Président, l’hymne national du Sénégal, dont Senghor écrivit les paroles, évoque un peuple sans couture, un peuple tourné vers tous les vents du monde. Aujourd’hui, le Sénégal, c’est une référence, c’est une influence et c’est aussi une puissance au service de la paix et du développement. C’est le sens de la responsabilité que vous avez toujours voulu exercer au sein de la CEDEAO, de l’Union africaine ou des Nations unies, dont votre pays vient de présider le conseil de sécurité.
Depuis 2012, nous avons été conduits à agir ensemble à de nombreuses reprises. Je pense au Mali, où nous avons répondu sans délai à l’appel qui nous était lancé par le président intérimaire de l’époque, pour bloquer l’offensive des groupes terroristes vers le Sud du pays, puis prendre l’ascendant sur eux. Le Sénégal - je veux ici vous féliciter - renforcera dès le trimestre prochain sa contribution à la MINUSMA, en déployant une force de réaction rapide dans le centre du Mali.
Je pense aussi à ce que nous avons fait ensemble pour obtenir un accord ambitieux dans le cadre de la COP21. Dans votre pays, les conséquences du changement climatique se font déjà sentir : érosion des côtes, dégradation des terres agricoles, irrégularité des précipitations. C’est parce que j’avais à l’esprit tous ces éléments que j’ai voulu que l’accord de Paris puisse réserver une place particulière au continent africain. Je veux ici saluer votre apport personnel à cette initiative. Il y aura des conséquences très concrètes et, d’ailleurs, les premières centrales solaires de grande taille voient le jour au Sénégal.
La France et le Sénégal ont également une même démarche face aux crises qui peuvent toucher le continent africain. Je pense notamment à ce que nous avons fait au moment où le Burkina Faso était dans une tempête, lorsque vous présidiez la CEDEAO et qu’il fallait permettre à la transition de s’achever par des élections incontestables. Ce qui fut fait.
Aujourd’hui, c’est la Gambie qui nous préoccupe. Nous devons tout faire pour que le résultat du scrutin, incontestable, puisse être pleinement respecté et que le Président élu puisse entrer aussi vite que possible en fonction. C’est ce que nous avons affirmé ce matin ensemble et c’est ce que nous devons faire pour qu’il y ait une transition dans ce pays.
La France a fait du Sénégal l’un des principaux partenaires de son action en Afrique et aussi de ce que nous voulons faire en termes de développement. Nous avons, ce matin, levé les derniers obstacles au financement du train express régional de Dakar. De même que le développement de la ville de Diamniadio, votre grand projet. Ce serait un magnifique symbole que, dans cette ville nouvelle, un super calculateur puisse être installé au profit du centre national de calculs sénégalais.
Au-delà de ce quartier, de cette ville nouvelle, vous avez, Monsieur le Président, défini des priorités essentielles pour le Sénégal : les infrastructures et l’accès des populations aux services de base, alimentation, électricité et l’eau. L’agence française de développement soutient actuellement 50 projets, pour un total d’un milliard d’euros.
Je salue ici les entreprises françaises qui sont présentes, elles témoignent de notre volonté commune de faire que des partenariats puissent exister entre les sociétés de nos deux pays.
Au-delà du domaine économique, nous avons une longue tradition de coopération culturelle. Vous portez d’ailleurs un beau projet de musée des civilisations noires et une convention a été signée avec le musée Jacques Chirac du Quai Branly à l’occasion de votre visite d’État. L’idée est de faire circuler des œuvres entre nos deux pays et d’installer Dakar comme centre culturel majeur en Afrique.
Le Sénégal sera aussi au cœur de la grande exposition de l’institut du monde arabe, qui, au printemps prochain, nous invitera à découvrir les trésors et les splendeurs de l’islam en Afrique.
À cet instant, je veux évoquer la mémoire d’Ousmane Sow. Lors de ma dernière visite à Dakar, en novembre 2014, je lui remettais les insignes de commandeur de la légion d’honneur. Il vient de disparaitre et il nous manque profondément. Je salue ce soir son épouse ici présente.
Enfin, la France au Sénégal, ce sont plus de 20.000 ressortissants, dont beaucoup de binationaux et qui contribuent au développement de votre pays. Ici, en France, il y a plus de 65.000 Sénégalais qui y vivent et qui, là aussi, façonnent l’économie de notre pays.
Je m’honore de pouvoir accueillir ici, en France, plus de 10.000 étudiants sénégalais et nous avons l’ambition, vous et moi, d’amplifier encore cet échange.
Voilà, Monsieur le Président, cher Macky, vous avez la volonté d’ancrer le Sénégal dans la modernité, de permettre son émergence. Vous montrez que l’Afrique est le continent de l’avenir et que le Sénégal est à son avant-garde.
Pour toutes ces raisons, Monsieur le Président, je tiens à lever mon verre à l’amitié entre la France et le Sénégal. Vive le Sénégal ! Vive la France ! Vive l’amitié franco-sénégalaise !
Je tiens à remettre au Président Macky Sall un des documents qui constitue les archives que nous avons transférées au Sénégal et c’est une photo qui représente les tirailleurs sénégalais au Chemin des Dames, en octobre 1917./.
(Source : site Internet de la présidence de la République)

Dernière modification : 21/12/2016

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